Non, le “marinisme” n’est pas le bonapartisme.

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Dans un texte paru sur Agora Vox, Julien Rochedy, directeur national du Front National de la Jeunesse (FNJ) explique que “le marinisme est un bonapartisme.” La thèse pourrait paraître séduisante si l’on se cantonnait aux arguments de l’auteur : en effet, le FN reprend une partie de l’héritage politique du bonapartisme et par conséquent du gaullisme. Mais c’est faire fi de trop nombreuses différences entre les deux courants. En fait, Julien Rochedy semble oublier quelques notions essentielles :

1) Le bonapartisme, comme le gaullisme qui est son héritier, est avant tout un rassemblement. Les deux Empereurs ont basé leurs régimes sur l’union des Français, sans distinction d’origine, de religion ou de classe sociale. L’ambition des Bonaparte est d’unir, de réconcilier les citoyens alors que depuis son origine, le Front national divise, sélectionne, retranche.

2) Le FN ne date ni de 2013 ni de l’arrivée à sa tête de Marine Le Pen. Il est issu d’une longue tradition. Le FN, formé en 1972, s’est rattaché à bien d’autres traditions qu’au bonapartisme. Il est clairement d’extrême droite, ce que n’est pas le bonapartisme. Maurice Duverger qualifiait le napoléonisme de “centre brillant”. Le passé du FN, de ses principaux dirigeants est marqué par l’influence de personnalités qui se sont régulièrement opposés au gaullisme et au général de Gaulle. Difficile dans ces conditions à se proclamer héritier du premier président de la Cinquième République.

3) Si le bonapartisme est un phénomène complexe, il est indéniable qu’il est avant tout issu des idées de 1789. Son origine idéologique se retrouve dans la Révolution Française dont il est le continuateur. Le positionnement du FN est beaucoup moins clair. Trop d’éléments d’essence monarchiste, trop de contre-révolutionnaires gravitent dans et autour du FN. Le bonapartisme est progressiste par essence. Le FN ne l’est pas !

4) En matière économique, le bonapartisme est avant tout saint-simonien. Il est partisan de l’interventionnisme de l’Etat et, tout en acceptant le système capitaliste, tempère fortement le libéralisme par des règles étatiques, par une protection sociale qui englobe tous les Français, sans référence à une quelconque préférence nationale. Le FN a souvent varié sur ces points, allant de l’ultra libéralisme de Ronald Reagan à un programme mêlant Etat providence et dénonciation des fonctionnaires.

5) Enfin, le bonapartisme fait appel à un “sauveur”, à une personnalité qui s’est illustré dans d’autres domaines que la politique politicienne avant d’être plébiscité par les Français. Or, là encore, ni Jean-Marie, ni Marine Le Pen n’incarnent ce renouvellement de la vie politique. Ils ne sont en aucun cas des rassembleurs des Français bénéficiant d’une aura transcendant les clivages partisans, les classes et les générations.

Pour toutes ces raisons au moins, le marinisme n’est pas un bonapartisme. Si ce dernier courant subsiste actuellement, il semble plutôt incarné par Debout La République de Nicolas Dupont Aignan, mouvement montrant sa différence, mais sans stigmatiser, sans diviser, tout en rassemblant, au-delà des clivages, pour une ambition nationale, une véritable souveraineté et une indépendance française.

Thierry CHOFFAT, Président du Centre d’Etudes et de Recherches sur le Bonapartisme. Fondateur de France Bonapartiste.

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